Fred Voisin compte parmi les pionniers de l'informatique musicale. À la croisée de la création artistique et de la recherche scientifique, son parcours l'a conduit à explorer, dès les débuts de l'informatique appliquée à la musique, des territoires que peu de compositeurs de sa génération ont arpenté.
Formation et premières recherches
Après avoir obtenu en 1984 son Baccalauréat à Orsay, il entreprend des études de musicologie à la Sorbonne – Paris IV, d'ethnolinguistique aux Langues O' auprès de Michèle Therrien, et rencontre Jean Malaurie à l'EHESS où il se forme à l'ethnomusicologie et aux sciences cognitives. Cette double culture, artistique et scientifique, façonne d'emblée la singularité de son approche.
Chercheur associé au LACITO-CNRS dès 1989 sous la direction de Simha Arom, puis boursier de la Fondation Fyssen de 1992 à 1994, il mène plusieurs missions de terrain en Afrique centrale et en Indonésie. C'est là qu'il conçoit ses premiers dispositifs informatiques expérimentaux pour l'étude des musiques traditionnelles — des outils qui préfigurent une carrière tout entière tournée vers l'invention d'instruments de recherche et de création. Ces recherches sont rapidement publiées tant dans le Leonardo Music Journal du MIT que dans Keyboards Magazine®. Elles sont aussi l'occasion de rencontres déterminantes, avec des personnalités telles que Gyorgy Ligeti, Gilbert Rouget, Tran Van Khe, Louis Dandrel, Marc Chemillier, Dan Sperber…
L'Ircam et la scène de la création musicale contemporaine
Dès 1995, le compositeur Jean-Baptiste Barrière l'introduit auprès de l'Ircam – Centre Georges Pompidou, où il conçoit des dispositifs informatiques pour la création musicale, Laurent Bayle et Gérard Assayag soutenant ses recherches. Il participe également à de nombreux projets et concerts aux côtés d'Art Zoyd Studios (Maubeuge), du Centre National de Création Musicale de Nice (CIRM), et auprès de figures majeures de la musique contemporaine et de la scène chorégraphique : Georges Aperghis, Iannis Xenakis, Philippe Leroux, Fausto Romitelli, Terry Riley, David Wessel, Gérard Hourbette, Myriam Gourfink, Rachid Ouramdane ou encore Peter Greenaway. Sa contribution est saluée par une jeune génération de compositeurs, tels François Paris et Julien Vincenot, qui lui ont chacun dédié une œuvre. Son travail à l'Ircam, notamment autour d'un dispositif de 576 haut-parleurs miniatures, fait l'objet d'un portrait par Pierre Gervasoni dans Le Monde du 3 avril 2002, intitulé « Frédéric Voisin et le chant des disques durs ».
Recherche musicale et intelligence artificielle générative
De 1999 à 2012, entre concerts et master-classes, il développe la bibliothèque Morphologie pour l'environnement OpenMusic de l'Ircam, dont les fondements s'inspirent à la fois de ses recherches en ethnomusicologie et des travaux de René Thom sur la morphologie mathématique. Il conçoit aussi l'outil génératif LabanOnLisp pour la composition chorégraphique, ainsi que le projet Neuromuse, un système de réseaux neuromimétiques pour la création musicale. C'est comme responsable de la recherche musicale au CIRM qu'il approfondit ce projet et y rencontre Robin Meier : ensemble, ils produisent des installations musicales pionnières en intelligence artificielle générative, parmi lesquelles Caresses de marquises (Nuit Blanche 2004, Gare de l'Est à Paris, sous la direction artistique de Nicolas Frize), une performance-concert de douze heures pour réseaux de neurones artificiels, Symphonie des machines (4th Dimension Festival, Sophia Antipolis, 2006), et Last Manoeuvres in the Dark (avec Fabien Giraud et Raphaël Siboni, Palais de Tokyo, Paris, 2008). Ces recherches sont aussi l'occasion d'autres rencontres, notamment de François Pachet au Sony Computer Science Lab. Elles comptent aujourd'hui parmi les jalons précoces de l'IA appliquée à la création sonore.
Enseignement et recherche appliquée
De 2007 à 2020, il enseigne la composition au Conservatoire du Pays de Montbéliard, au sein des universités de Bourgogne, de Saint-Étienne et de Montbéliard, et anime des workshops à Paris, Nice, Milan, Venise, Taipei. En parallèle, il participe comme ingénieur à plusieurs projets de recherche appliquée aux dispositifs audionumériques de réhabilitation cognitive, en collaboration avec le CNRS, l'ENSAM, l'Université de Bourgogne et l'INSERM. Ces travaux le conduisent à concevoir, en tant que chercheur indépendant, un dispositif de paysages sonores virtuels destiné aux résidents en EHPAD souffrant de la maladie d'Alzheimer, et à diriger des études cliniques — une application directe et profondément humaine de décennies de recherche sur le son, la mémoire et la cognition.
Sa recherche sur les processus génératifs se prolonge également dans l'espace public, à travers des installations sonores pérennes. C'est le cas de Fonocanal, installation sonore permanente disposée sur une berge du canal de Bourgogne, inaugurée près de l'écluse n°92 en 2021 : elle diffuse en continu des sons générés in situ et en temps réel, à partir de la météo, des saisons, du moment de la journée, de processus stochastiques et d'archives sonores de la Maison du Patrimoine Oral de Bourgogne.
Une œuvre à la croisée des disciplines
De l'ethnomusicologie de terrain à l'intelligence artificielle générative, en passant par la composition contemporaine et la recherche médicale appliquée, le parcours de Fred Voisin dessine une trajectoire rare : celle d'un artiste-chercheur pour qui la technologie n'a jamais été une fin en soi, mais toujours un instrument au service de la compréhension du son, de la mémoire et de la création. Cette trajectoire le mènera, plus tard à Marseille en 2019 au Symposium on Computer Music Multidisciplinary Research, à rencontrer enfin John Chowning, figure fondatrice de l'informatique musicale à qui l'on doit la synthèse sonore par modulation de fréquence — un procédé sur lequel, sans le savoir, il avait fait ses tout premiers pas en musique électronique.
Cette curiosité déborde largement le seul champ musical : dans une carrière au sud de Paris, en 1978, il découvre un squelette fossile d'Halitherium schinzi, aujourd'hui conservé au Museo di Storia Naturale di Venezia et référencé sur Google Arts & Culture.
Les travaux et publications complets sont réunis dans une page dédiée.
Liens
- HAL : cv.hal.science/frederic-voisin
- ORCID : 0000-0002-7879-5304
- Google Scholar : scholar.google.fr
- Ircam : brahms.ircam.fr