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à propos de « Notes & Neurons », World Science Festival 2009

mardi 22 septembre 2009, par Fred

Cinq vidéos d’une quinzaine de minutes chacune en ligne sur le site du festival témoignent d’une discussion menée par John Schaefer (producteur). Destinée à un trés grand public, Jamshed Barucha (Tufts University), Daniel Levitin (McGill University), Lawrence Parsons (Sheffield University), accompagnés de Bobby McFerrin, expliquent certains acquis et interrogations de recherches en neurosciences sur les phénomènes musicaux.

Après quelques généralités très rapidement évoquées sur les fondements acoustiques de la musique (hauteur, rythme, timbre), sur sa dimension corporelle (motrice, gestuelle) voire visuelle et sociale (imitation) et, par conséquent, de l’implication d’un grand nombre d’aires cérébrales dans l’activité musicale, le débat s’étend essentiellement sur l’éternelle question des universaux dans la musique, illustrée essentiellement, comme de coutume, par la question des échelles musicales : on y voit ainsi que, dans le domaine musical des neurosciences, le principe pythagoricien et la théorie de Helmholtz y sont toujours aussi prégnants et porteurs d’un « bon sens » qui n’est en rien scientifique, et viennent même contredire (mais de manière ici implicite) les arguments expérimentaux mis en avant : trop peu de temps est donné aux fondements neuronaux de l’apprentissage (éventuellement in utero), d’acculturation et d’attente (« expectation »), bien que des extraits d’expérimentations « cross-culturelles » avec des musiciens de tradition indienne (vidéo n°3), démontrent la capacité d’apprentissage de musiciens fondée sur la plasticité neuronale (Barucha) qui est, en dernier ressort ici, l’argument pour l’universalité du langage musical. De même, le « modèle neuronal » (résumé) de l’attente et de l’acculturation musicales qu’expose Barucha (vidéo n°4), l’assertion de Parsons selon laquelle il n’y aurait pas de critère acoustique (universel ?) pour la consonance (vidéo n°4), ou l’importance du contexte culturel sur lequel insiste (légèrement) Levitin (vidéo n°3), sont autant d’arguments qui mettent en cause l’universalité des intervalles musicaux - ce que je soutient moi-même à la suite de mes propres travaux d’ethnomusicologie.

Malheureusement, au moment où la discussion aurait pu s’attarder un peu sur ce point, une intervention musicale - et spectaculaire - de Bobby McFerrin, en interaction avec l’audience (vidéo n°4), veut démontrer au contraire l’universalité de l’échelle pentatonique, alors qu’elle illustre des phénomènes d’induction et d’imitation musicales qui, malgré leur aspect spectaculaire, ne démontrent pas rigoureusement son propos selon lequel, au contraire, les intervalles musicaux sont universels (car « partout où [il] est allé, la réponse de l’audience est la même... »).

Le problème est que, sur internet, l’aspect spectaculaire aidant, les différents blogs (moteur de recherche : « notes & neurons ») qui relatent de cette session ne retiennent que les propos de McFerrin, qu’aucune étude expérimentale sérieuse ne prouve, bien au contraire.


Voir en ligne : Notes & Neurons @ World Science festival 2009